Le Hellfest, 2ème festival de France

Le Hellfest, 2ème festival de France
Crédits : Evan Forget/Hellfest

 

Alors que s’achevait hier la 11ème édition du festival de musique Metal Hellfest à Clisson en Loire-Atlantique, retour sur un style musical encore méconnu du grand public. A travers celui-ci, l’existence d’une économie située sur la long tail de la production et diversité musicale.

Un article paru en décembre 2015 sur le site BFM Business avait provoqué une pointe d’agacement de la part du public metal. Ce style, méprisé par les médias généralistes, boudé par les radios et déconsidéré par une large part de la population française, est aujourd’hui plus que jamais sous la lumière des projecteurs de l’économie de la musique. Les retombées économiques générées par le festival Hellfest, semblent avoir contribué à donner une certaine forme de respectabilité à la musique metal. Si les opposants aux Hellfest demeurent, préparant une nouvelle offensive pour l’édition 2017, nombre de Clissonnais voient d’un tout autre regard la venue de metalleux au pays du muscadet. En effet, 22 millions d’euros de retombées économiques sont attendues pour la région. Selon Hellfest Productions, 4,8 millions d’euros devraient également être dépensés par les festivaliers auprès des commerçants locaux. Une aubaine pour cette ville de 7000 habitants !

En 2015, le CA du Hellfest s’élevait à 16 millions d’euros, alors qu’il n’était que de 5 millions en 2011. Cette année, plus de 150 000 places ont été vendues, faisant du Hellfest le deuxième festival français derrière les Vieilles Charrues. A titre de comparaison, en 2011, le festival vendait 80 000 places. Preuve en est de l’incroyable croissance d’un festival soumis pourtant à une absence quasi-totale de subventions régionales (20 000 euros, retirés cette année par la Région Loire suite à une polémique engageant le chanteur du groupe Down). Une larme dans un océan.

Le groupe Ghost, l’un des coups de cœur de cette nouvelle édition.

Le business model du Hellfest qui s’autofinance à 99,5%, repose donc sur des principes simples et communs à la plupart des festivals en France : la vente de billets, le bénévolat (3000 personnes) et le mécénat/sponsoring. Le Hellfest peut en outre compter sur la mobilisation d’un public fidèle. Pour cette édition 2016, tous les Pass 3 jours ont été vendus avant même que la programmation ne soit dévoilée. Le sentiment d’appartenance à une sous-culture crée une coalition forte, un entre-soi où chacun est libre d’être qui il est  sans jamais se confronter au regard méfiant de l’Autre : une exception dans le paysage culturel français. C’est aussi un décorum unique, une identification à des codes graphiques spécifiques (têtes de mort, iconographie infernale, croix…), et une ambiance messianique où habitués et curieux communient autour d’une valeur sacrée : la musique. La billetterie représente ainsi 60 % des ressources et les sponsors privés tels que Kronenbourg, Redbull, Gibson ainsi que le mécénat, le mécénat de compétences et club d’entreprises constituent 35% des ressources, les entreprises locales contribuant à hauteur d’un million d’euros d’apport. Le reste est complété par la consommation au bar, en restauration ainsi qu’en merchandising, ce dernier point représentant une rentrée d’argent de 1,5 millions d’euros.

 

Le fan de metal, très attaché à sa communauté musicale, n’hésite pas à débourser pour soutenir groupes connus ou émérgents via l’achat de produits dérivés : tee-shirt, goodies multiples, participation à des campagnes de financement participatif : le fan est partout et permet d’alimenter une scène qui ne bénéficie, rappelons-le, d’aucune aide. Dès lors, les spécialistes du secteur musical et de son économie étudient depuis peu le comportement de ces consommateurs allant à rebours des tendances actuelles : selon le sociologue Christophe Guibert, le fan de metal est généralement diplômé et titulaire d’un bac+2 ou 3, bien intégré socialement, issu de la classe moyenne, disposant d’un capital financier lui permettant d’assouvir sa passion et de ce fait, d’acheter de nombreux produits.

Une micro-économie qui permet à un genre de musique encore décrié, de subsister en qualité de contre-culture, nécessaire à l’équilibre de la diversité musicale française.