Le vrai-faux essor du streaming

Streaming, un vrai-faux essor ?

Presse généraliste, économique, sites spécialisés, tous ont consacré ce mois-ci une place prédondérante au streaming et à son prétendu essor outre-Atlantique, mettant également en exergue les bons chiffres réalisés par ce dernier en France. Le vinyle a également été largement célébré pour son étonnante renaissance. Si analyser les tendances aux Etats-Unis revient souvent à anticiper celles que nous retrouveront en Europe, que penser de ce rapport publié par la Recording Industry Association of America (RIAA) annonçant que le streaming est devenu en 2015, aux États-Unis, la principale source de revenus pour l’industrie musicale ? L’association rapporte que le streaming représente désormais 34 ,3% du chiffre d’affaires de l’industrie musicale américaine. Dans ce rapport, la RIAA affirme que le streaming rapporte plus que le téléchargement à l’unité (34%) et les ventes physiques (28,8%). En France aussi, selon le SNEP, 42% des auditeurs utilisent désormais le streaming pour écouter de la musique et celui-ci a généré en 2015 plus de 100millions d’euros de CA, soit une progression de 45%.

Le streaming sonnerait-il l’hallali du renouveau d’une industrie musicale moribonde ? Serait-il devenu un mode de diffusion prométhéen, messie d’une nouvelle ère que le secteur n’a plus connu depuis la chute du disque dans les années 2000 ?

Dans les faits, le streaming est bel et bien devenu le mode de diffusion plébiscité par les consommateurs, abandonnant progressivement CD et download payants.

En pratique, la valeur générée par l’écoute de la musique en streaming baisse. En cause ? Les pure players comme Youtube qui offrent une écoute gratuite de la musique. Et c’est là où le bat blesse. En France en 2015, selon le SNEP, sur les 50 milliards de morceaux streamés, 65% d’entre eux l’auraient été par le biais du géant Youtube. Les retombées économiques sont elles, bien moins spectaculaires puisque les revenus générés par Youtube ne représentent, en France, que 10% des 104 millions d’euros de chiffre d’affaire généré par le streaming en 2015. Le même phénomène s’observe bien sûr aux États-Unis où les offres premium des sites offrant un service de streaming tel que Spotify ou Rhapsody génèrent près de 48 % du chiffre d’affaire… mais représentent moins de la moitié des 317 milliards de titres écoutés.

Alors certes, le nombre d’abonnés en France et aux États-Unis augmente, le streaming génère un simulacre de revenus, notamment avec l’arrivée de nouveaux services tels que Tidal ou Appel Music mais le manque à gagner pour les producteurs, éditeurs et artistes est colossal. Ces derniers développent quant à eux toujours plus de méfiance et de suspicion à l’égard des sites diffuseurs de streaming. En cause, le manque de transparence sur les contrats établis entre maisons de disque et sites offrant un service streaming, sans consultation avec les artistes ainsi que la faible rétribution dont ils bénéficient. En témoigne la récente saillie opérée par la chanteuse américaine Gwen Stephani, ayant retiré son dernier album de Spotify quelques jours après sa sortie. Elle accuse la firme de détériorer substantiellement les royalties dédiés aux artistes, notamment en proposant aux auditeurs d’écouter gratuitement la musique sur la plateforme.

Que penser de cette ascension continuelle du géant Youtube ainsi que de ses ambitions futures ? Populaire et largement plébiscité par le public, le site pourrait représenter à terme, une source intéressante de revenus pour les artistes, si le site venait à prendre ses responsabilités ainsi que de nouveaux engagements à l’égard de ceux qui contribuent à enrichir sa plateforme.

Il est urgent de réformer le système et d’établir une nouvelle chaine de valeur afin de garantir une plus juste rétribution aux différents acteurs de la filière musicale. Youtube est un géant ne cessant de grandir, bénéficiant de la force de frappe de Google et offre une rémunération unitaire inférieure aux diffuseurs comme Spotify, Apple ou Deezer. Selon certains spécialistes, Youtube serait en passe de devenir le nouvel « Operating System » de la musique. En ce sens, quid d’une meilleure rétribution ? Quid de l’avenir des labels, de jeunes starts-up tentant de trouver un moyen de rendre pérenne une industrie qui semble avoir déjà bien vécue, s’essouflant face à la montée toujours plus rapide des GAFA, cannibalisant un secteur autrefois composée de spécialistes au service de la musique et des musiciens ?