L’intelligence des données au service de la musique

Dans un précédent article, nous dressions un bref panorama des startups françaises investissant le secteur de l’industrie musicale. Ces nouveaux business illustrent particulièrement le rôle que jouent les métadonnées dans le paysage numérique. Bien utilisées, ces dernières bouleversent complètement le visage de ce secteur et contribuent tant à créer de nouvelles richesses que de nouveaux services. Mais que sont les métadonnées ?

Chaque fichier mis en ligne sur Internet possède une « carte d’identité ». Dans le cadre de la musique, un fichier audio contient de multiples informations regroupées en paquets de données : les métadonnées, autrement appelées méta-informations. Ces données constituent une vraie fiche d’identité puisqu’elles renseignent sur : le nom de l’artiste, le titre, compositeur, propriétaire des droits, le code ISRC, les BPM. Chacun de nos gestes et de nos actions sur le web laisse une trace et donne des indications sur nos goûts, sur qui nous sommes, où nous habitons… Toutes ces données jouent un rôle considérable dans le développement du commerce en ligne et du marketing, deux secteurs générant d’importants volumes de données. Utilisées ingénieusement, celles-ci permettent aux entreprises de proposer de nouvelles offres de service en se basant sur les informations qu’elles contiennent et qui sont analysées par de puissantes bases de données.

Parmi ces startups, Musicovery ou encore Simbals ont utilisé les métadonnées pour proposer de nouveaux services dédiés au secteur musique : création de playlist, recommandation musicale, suivi prédictif des tendances, identification des contenus musicaux et gestion des droits, autant de services qui offrent une plus-value économique à une industrie en quête de renouveau. En croisant ces datas, le secteur musique permet l’émergence de nouveaux services à destination des auditeurs, maximisant leur expérience client en leur offrant une multitude de services associés à l’artiste et à ses œuvres. Elles permettent ainsi de créer un lien entre tous les acteurs de la filière et de les fédérer pour créer un nouvel hypermédia concentrant l’ensemble de ces services.

Si les métadonnées sont en ce sens devenues vitales pour l’industrie musicale, le développement de ce nouvel outil doit à présent s’harmoniser à échelle globale en faisant preuve de rigueur. La traçabilité reposant sur la qualité des informations données et leur transmission, titres ou artistes mal orthographiés, absence d’informations sur les auteurs-compositeurs compliquent la mise en place d’un tel outil. En outre, l’utilisation des métadonnées impose une généralisation des bonnes pratiques et l’utilisation de supports d’échanges qui soient communs à tous.

Cependant, l’exploitation des métadonnées représente une avancée majeure au service des artistes dont les œuvres sont diffusées en ligne : en interfaçant les différentes plateformes de diffusion et les ayants-droits, ces derniers peuvent récupérer un maximum de droits possibles, en corrélation avec les contrats préalablement établis avec les plateformes. Cette gestion contrôlée des droits offre un véritable espoir pour la filière et permet d’envisager l’avenir plus sereinement, un avenir dans lequel les artistes pourront bénéficier équitablement des retombées économiques qui leur sont dues.

D’un point de vue pratique :

La recommandation de titres ou d’artiste est devenue relativement courante : Deezer, Spotify, YouTube, etc utilisent déjà ce système. Les Majors proposent également des compilations diffusées via les plateformes de streaming en se basant les résultats des bases de données. Grâce à des algorithmes qui analysent vos écoutes et vos recherches, il est possible d’établir des recommandations qui peuvent vous intéresser : si l’accent est logiquement mis sur les plus gros vendeurs, les recommandations établies prennent également en compte les musiciens qui ne sont pas connus …

Les professionnels de la musique utilisent également ces données afin de mieux connaître leurs clients et proposer des campagnes de promotion plus pertinentes et en adéquation avec leurs habitudes d’achats. Les coûts générés sont ainsi rationalisés pour un résultat optimal, permettant également aux professionnels de suggérer au public -et aux potentiels acheteurs-, de nouveaux groupes à découvrir, toujours au regard de leurs affinités musicales. Il est également possible d’organiser par ce biais des tournées et cibler des villes dans lesquelles se trouvent un public clairement intéressé par un style de musique spécifique, permettant là encore tant aux labels qu’aux groupes d’organiser des concerts sans (trop) craindre d’être à perte. Si ici nous abordons clairement l’aspect business de la musique, ce constat ne nous empêche pas de craindre que ces nouveaux outils contribuent à appauvrir culturellement certains territoires français où la démographie est moindre et où les amateurs d’un style spécifique sont de facto, moins présents, et au sein desquels les venues de groupes se feront plus rares ou inexistants.